Vie Pratique

Succession : peut-on vraiment réduire les frais de notaire en refusant de signer certains actes ?

Les frais de succession peuvent vite atteindre plusieurs milliers d’euros. Face à une facture parfois élevée, certains héritiers envisagent une stratégie radicale : refuser de signer l’acte de partage pour éviter jusqu’à 3 500 € de frais. Bonne idée ou fausse économie ? Voici ce qu’il faut comprendre avant de prendre une décision.

1. À quoi correspondent réellement les “frais de notaire” ?

Beaucoup pensent que ces frais vont intégralement au notaire. En réalité, ils regroupent plusieurs éléments distincts.

Les frais obligatoires dans une succession

Les frais de notaire comprennent :

  • Les droits de succession (impôts reversés à l’État)

  • Les débours (documents administratifs, cadastre, hypothèques…)

  • Les émoluments du notaire (rémunération réglementée)

👉 Ces montants sont encadrés par décret. Ils ne sont pas librement négociables.

Les actes les plus coûteux

Certains documents génèrent des frais importants :

  • L’attestation immobilière (obligatoire en présence d’un bien immobilier)

  • La déclaration de succession

  • L’acte de partage

C’est surtout l’acte de partage qui alourdit la note.

Pourquoi ?
Parce qu’il déclenche un droit de partage de 2,5 % de la valeur nette des biens partagés.

Exemple :
Pour un patrimoine de 140 000 €, le droit de partage peut dépasser 3 500 €.

C’est ce montant qui pousse certains héritiers à refuser de signer.


2. Refuser de signer l’acte de partage : vraie économie ou illusion ?

Le principe : rester en indivision

Si un héritier refuse de signer l’acte de partage :

– Les biens restent en indivision

– Aucun partage officiel n’est réalisé

– Le droit de partage n’est pas immédiatement dû

À court terme, cela peut effectivement éviter plusieurs milliers d’euros.

Mais attention : cela ne supprime pas les droits. Cela les reporte.

Les risques souvent sous-estimés

Rester en indivision signifie que :

  • Tous les héritiers sont copropriétaires

  • Toute décision importante doit être collective

  • La vente d’un bien peut devenir compliquée

Et surtout :

  • Tout héritier peut demander le partage à tout moment

  • En cas de désaccord, une procédure judiciaire peut être engagée

Or, un partage judiciaire coûte souvent bien plus cher que l’acte notarié initial.

👉 L’économie peut donc être temporaire… et se transformer en perte financière.


3. Dans quels cas peut-on réellement limiter certains frais ?

Il existe des situations où les frais peuvent être réduits légalement.

Succession sans bien immobilier

Si la succession :

  • Ne comprend aucun bien immobilier

  • Est inférieure à 5 000 €

Une attestation signée par tous les héritiers peut parfois suffire pour débloquer les fonds bancaires.

Dans ce cas, l’intervention notariale peut être limitée.

Indivision volontaire et organisée

Certaines familles choisissent volontairement de conserver un bien (maison familiale, terrain).

Dans ce cas :

  • L’acte de partage n’est pas établi immédiatement

  • Le droit de partage est reporté

Mais cela doit être un choix réfléchi et consensuel, pas une stratégie de blocage.


4. Ce que personne ne dit sur cette “économie”

Refuser de signer peut entraîner :

  • Des tensions familiales durables

  • Une impossibilité de vendre rapidement un bien

  • Des conflits sur les travaux ou la gestion locative

  • Une paralysie du patrimoine

Et surtout :

  • Les frais peuvent réapparaître plus tard

  • Les coûts judiciaires peuvent dépasser largement 3 500 €

L’indivision prolongée est l’une des principales sources de litiges successoraux en France.


5. Astuces méconnues pour optimiser légalement les frais

Plutôt que de refuser de signer, voici des pistes plus sécurisées :

  • Demander un détail précis des frais au notaire

  • Vérifier si certains biens peuvent être attribués sans partage global

  • Étudier un partage partiel

  • Anticiper la succession via donation ou démembrement (en amont)

  • Comparer les estimations immobilières pour éviter une surévaluation

💡 Le notaire a un devoir d’information : posez toutes vos questions avant signature.

Refuser de signer un acte de partage peut permettre d’éviter temporairement plusieurs milliers d’euros de frais de succession. Mais cette économie est souvent provisoire et peut générer des blocages coûteux.

Avant toute décision, analysez la situation dans son ensemble et demandez un chiffrage précis. En matière de succession, la stratégie la plus rentable est souvent celle qui sécurise durablement vos droits.

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